Croissance, niveau ; comprendre les débats sur la conjoncture

Publié le 2 oct. 2020
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mémo éco

Cet article a été publié dans la Lettre éco de septembre 2020.

Alors que le doute plane toujours sur le recul de l’activité sur l’année 2020, les estimations pour 2021 font fortement débat. Faisons le point sur les différents scénarios envisagés.

Des hypothèses de croissance revues à la hausse.

Selon la Banque de France, la PIB réel (c’est-à-dire sans tenir compte de l’inflation) chuterait de 8,7% en 2020 puis remonterait de 7,4% en 2021 et 3% en 2022. Ces estimations de septembre sont bien plus  optimistes qu’en juin où la chute anticipée pour 2020 était de 10,3% avant une remontée moindre de 6,9% en 02021 et 3,9% en 2022. Il est à noter que ces estimations sont basées sur l’hypothèse d’une situation sanitaire stable, n’impliquant pas de nouvelles mesures de santé publique portant fortement atteinte à l’économie.

Pour bien comprendre ces successions de chiffres il peut être utile de raisonner à partir d’indices.

Indice base 100 en 2019

2019

2020

2021

2022

Croissance du PIB réel (scénario de septembre)

100

91,30

98,06

101

Croissance du PIB réel (scénario de juin)

100

89,70

95,89

99,63

Source : Banque de France

On voit bien ici que malgré des chiffres de croissance qui paraissent à première vue très positifs et prometteurs, il ne s’agit que d’un effet de rattrapage. Même avec les nouvelles estimations de la Banque de France et une croissance de plus de 7% en 2021, le PIB de la France ne retrouverait son niveau d’avant crise qu’au début de l’année 2022.

Est-ce très (ou trop) optimiste ?

 

 

De nombreux économistes jugent ces estimations trop optimistes au motif notamment que de tels taux de croissance ne sont pas atteignables. Il s’agit d’une lecture quelque peu simpliste des chiffres. Comme le montre ce graphique, le PIB de l’année 2020 est totalement plombé par le 2ème trimestre et le confinement. Ainsi, la baisse prévue du PIB de 8,7% n’est pas uniformément répartie sur l’année. Dès à présent le niveau d’activité est à plus de 91,3% de la « normale ». On voit bien le « pic » de croissance juste après le plongeon sur le graphique. Le problème vient de la suite ; après le pic, il faut s’attendre à une remontée beaucoup plus lente, avec des conséquences violentes sur l’emploi.

 

Ainsi même si la reprise se stoppait et le niveau d’activité d’aujourd’hui perdurait, on connaitrait une croissance de près de 5% en 2021. C’est simplement un effet de rattrapage par rapport à l’année 2020, exceptionnelle par ses circonstances. Autrement dit, la croissance n’est pas un bon indicateur pour comprendre la situation économique.

 

Quoiqu’il en soit les chiffres de 2021 seront à mettre en relation avec ceux de 2020, plus le plongeon sera profond cette année, plus le rebond apparaitra élevé dans les statistiques. On peut l’illustrer avec le chômage aux Etats-Unis. En lisant uniquement les statistiques actuelles on pourrait se réjouir et dire que « les Etats-Unis ont créé des millions d’emplois en quelques semaines ». C’est en réalité un peu plus compliqué que ça. En effet, des millions de travailleurs américains ont été licenciés dès les prémices de la crise sanitaire. Ainsi, aujourd’hui les entreprises réembauchent massivement pour retrouver la main d’œuvre qu’ils avaient licenciée avant la crise.

 

Si Le taux de croissance est un indicateur discuté et discutable pour de nombreuses raisons en temps normal, il est d’autant plus dans le contexte actuel. En effet, l’indicateur n’a pas été construit pour répondre à des périodes aussi troublées. Une fois n’est pas coutume, il s’agira d’aller au-delà des chiffres les plus répandus pour mieux comprendre la situation économique.

 

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