Rémunération des PDG contre avenir de la planète

Publié le 15 juin. 2021
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mémo éco

NB : Cet article a été publié dans la Lettre Éco de mai 2021

À la lecture d’une récente note de l’Oxfam, on constate une fois encore que les patrons du CAC 40 ne sont pas payés pour leur éthique ou pour répondre à l’urgence climatique…

À l’heure où le changement climatique et le réchauffement de la planète sont des problématiques centrales pour l’avenir de la Terre, force est de constater que malgré les engagements pris, la situation s’aggrave de jour en jour. Les entreprises du CAC 40 portent une grande responsabilité dans cette situation. Leurs choix de gestion nous entraînent sur une pente catastrophique, avec un réchauffement de l’ordre de 3 °C. Les questions environnementales et sociales sont traitées de la même façon: en considérant qu’elles sont toutes deux des coûts qu’il faut, par conséquent, réduire au maximum, pour ne pas impacter le taux de rentabilité. Pas question de vision à long terme, ce qui compte c’est la rentabilité immédiate, au mépris des conséquences tant sociales qu’environnementales. S’il fallait une preuve du manque d’intérêt des actionnaires sur ces questions, une étude d’Oxfam portant sur la structure des rémunérations des PDG du CAC 40 vient le confirmer.

L’idée était de voir si, dans la rémunération des PDG des entreprises du CAC 40, il y avait des critères autres que financiers, et s’il y avait des incitations fortes faites aux PDG pour prendre en compte, dans les décisions, les questions environnementales. Le résultat est édifiant, d’après l’étude:

  • « En 2019 la rémunération moyenne annuelle était de 5,5 millions d’euros;
  • plus de 67 % de cette rémunération était basée sur l’atteinte d’objectifs financiers à court terme;
  • seulement 9 % de cette rémunération était liée à un objectif non financier de long terme. »
Objectifs non financiers de long terme très flous

Même sur les 9 % de la rémunération qui sont liés à « un objectif non financier à long terme » il faut être très prudent. En effet l’étude indique que ces objectifs sont très flous, difficilement quantifiables. Le document indique qu’« à peine 5 % de la rémunération des PDG du CAC 40 est liée à des objectifs de long terme mesurables ». L’étude révèle également que dans la majorité des entreprises il n’y a absolument aucun critère liant développement durable et rémunération. Pour Oxfam, ce schéma indique clairement que ce qui intéresse les actionnaires c’est la rentabilité financière maximale. Pour que les dirigeants des entreprises ne l’oublient pas, plus des deux tiers de leur rémunération en dépend.

Infographie Oxfam
Source : Oxfam
Les critères financiers prépondérants pour 3/4 des entreprises du CAC 40

Le poids des critères financiers dans la rémunération totale varie de 31,79 % chez Orange pour atteindre 92,86 % chez Dassault Systems. Dans trente entreprises, soit les trois quarts d’entre elles, ce critère constitue plus de 50 % de la rémunération. Dans le détail, parmi les critères financiers, il existe dans 29 entreprises « des objectifs liés à la satisfaction des actionnaires ». Cela représente en moyenne 27 % de la rémunération des PDG, et peut atteindre toujours chez Dassault Systems 89,05 %.

L’étude pointe du doigt une entreprise comme Sanofi: « Avec 84 % de sa rémunération indexée sur des critères financiers, dont près de 15 % sur le rendement des actions, la direction de Sanofi a ainsi maintenu une politique généreuse de dividendes pendant la crise du coronavirus ». Faut-il rappeler ici que dans le même temps Sanofi procède à des plans de diminution des effectifs et que le groupe a été incapable de donner les moyens suffisant à sa recherche pour se doter d’un vaccin pour combattre la pandémie que nous connaissons?

Des objectifs climatiques pour treize PDG seulement

Seules treize entreprises incluent dans la rémunération de leur PDG des objectifs climatiques. Cela ne représente en moyenne que 3,5 % de leur rémunération. On voit donc la portée très limitée de ces objectifs. Sur ces treize, quatre utilisent des critères difficilement quantifiables, sans objectifs précis ou vérifiables, seulement des principes généraux. Pour les neuf autres, « les critères sont précis mais peu ambitieux ». L’étude s’intéresse à trois entreprises du CAC 40 qui ont chacune la particularité d’avoir une empreinte carbone supérieure à celle de la France:

  • pour Total, l’étude indique: « à peine 2 % de la rémunération de son PDG est adossée à des performances de réduction des émissions de CO2 de l’entreprise »;
  • pour le Crédit Agricole: aucun objectif de réduction de l’impact carbone n’est prévu pour la rémunération de son PDG;
  • pour la BNP Paribas: la rémunération de son PDG est soumise à des objectifs en termes de climat qui peuvent impacter de manière importante sa rémunération de… 0,8 %!

 

Ces exemples montrent à quel point les actionnaires sont intéressés par l’avenir de la planète. Pourquoi manifesteraient-ils plus d’intérêt pour l’Humain et le social? De plus, le document souligne qu’« aucune entreprise du CAC 40 n’a inclus dans la rémunération des PDG des objectifs explicitement liés à la remédiation des risques d’atteintes aux droits humains et à l’environnement, résultant du processus de vigilance de l’entreprise et créant une incitation claire pour le PDG de s’impliquer sur le sujet ».

Il est clair que les droits sociaux des salariés et les questions de l’avenir de la planète sont traités de façon très accessoire par rapport à la rentabilité financière de l’entreprise. pour ne pas aller droit dans le mur, il est urgent de changer la gestion des groupes du CAC 40, pour les mettre au service de l’utilité sociale et environnementale au service du développement humain durable, et à la satisfaction des besoins.

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